Ne pas se comprendre. Jamais. Épuisant. Frustrant. Terrifiant. Passer son temps à attendre. Un mot un signe, n'importe quoi. Une insulte, un coup, une raillerie. Le recevoir comme une blessure, plié(e) en deux pour mieux subir. Cacher dans les plis et les replis de son corps les marques que ça laisse. N½ud d'Angoisse. Bienvenue chez moi.
Terreur d'enfant dans les veines. Mourir un peu plus à chaque minute qui passe. Mais l'homme est plus résistant que ça. Tant pis pour lui. La Nuit peut être très longue. Peur panique distordant la perception du Temps. Ce Temps qui se transforme en une sorte d'entité mouvante, hérissée de crocs et de griffes. Une créature vicieuse et cruelle, sans pitié et monstrueuse. Les enfants ont raison d'avoir peur du Noir. l'Obscurité tisse toujours une toile opaque pour dissimuler les actions de ses enfants. Le noir semble à la fois absorber et démultiplier les sons. Nos sens s'affutent, nos perceptions s'étendent. Le bruit le plus infime semble résonner à l'infini, jouant sur cet instinct primaire de l'homme, sa survie, sa méfiance. Sa Prudence.
Nous mesurons notre bravoure et notre courage en flirtant avec la nuit. Jeunes rebelles dépravés. Épaves dans des ruelles sordides. S'encanailler à moindre frais pour se procurer un frisson d'excitation et tenter d'ignorer la Peur qui tapisse le ventre et tord les entrailles.
Le monde de la Nuit est excitant, séduisant et attirant. Mais aussi sombre, violent, cruel et meurtrier. Les risques sont orgasmiques, terrorisants, mais vous rendent tellement vivant ! Les homme sont à l'image de l'obscurité. Bipolaire. Ils partagent sa beauté terrible mais l'avilissent par ce qu'ils sont. Par ce qu'ils font. La Nature est cruelle et capricieuse mais pas aussi dérangée que peut l'être la nature humaine.
L'âge, le sexe, la condition sociale...rien de tout cela n'a pouvoir. Seule cette volonté de se prouver quelque chose, de briser un carcan dont on ne soupçonne même pas l'existence, nous tient sous sa coupe. La cupidité, la luxure, la débauche, l'esclavage...tout est bien pâle à coté de cette exigeante maitresse. Il n'y a que les moyens pour y parvenir qui varient. Les produits de la jeunesse dorée fondent comme les enfants des bas-fonds dans le vice. Drogue, Sexe, Alcool. Tous y plongent. Qu'importe la douceur de votre peau ou la griffe de votre pull quand vous finissez la tête dans les toilettes. L'argent accélère le processus mais ne l'adoucit pas. Une descente aux Enfers. Sa vie en paiement. Une satisfaction éphémère laissant un amer gout de bile dans la bouche. Pour eux la vie pourrait se résumer à un cliché éc½urant qui les suit comme un chien qui tente de leur claquer les mollets.
Ils traversent la Vie comme on traverse une Ville. Ils pénètrent dans leur jeunesse comme dans les quartiers noirs. Ils marchent droit. Aveugles à ce qui les entoure. Ils s'enfoncent de plus en plus dans la ruelle sombre. Louvoyant entre les immondices qui encadrent les poubelles. Ils marchent dans des flaques de liquides indeterminés. Insouciants. Leurs yeux se révulsent, la peau se tire sur les os. Un regard hanté remplace l'étincelle de vie qui jadis brillait dans leurs prunelles. Ils continuent à s'enfoncer de plus en plus dans l'Obscurité, perdant leur humanité au contact des vampires de la Ville.
Cette Ville se nourrit de l'énergie de ses habitants et cette ruelle est son abattoir. Ses murs suintent la douleur et le désespoir, traces de son passé meurtrier et sanglant. Les hurlements d'horreur des victimes s'attardant comme l'écho d'un espoir révolu et irrémédiablement perdu. La dignité reste sur le seuil, cédant la place à l'avilissement et à la corruption. La générosité s'effacent, laissant une sorte de faim et de désir de faire plonger l'autre pour effacer sa solitude. Pansement artificiel faisant grossir les rangs des déchus. Les seules choses qui s'échangent ici sont les coups et le poison. Solide, liquide ou charnel, son action est la même. Ronger l'âme et le corps, n'en laissant qu'une carcasse abandonnée. Comme le squelette d'une créature informe dévorée par le feu. On ne voit pas les corps étendus, abandonnés au sol comme les jouets dont un enfant cruel se serait lassé. Leur vie les a quitté ou c'est eux qui s'en éloigne, inconscient de sa valeur.
Il traversent cette zone d'apocalypse au relent de Fin, aveugles aux coups qui pleuvent sur ceux qui n'ont pu tenir leurs promesses, à la jeune fille qui se fait violer dans un recoin sombre et que ses tortionnaires abandonnent mourante après lui avoir jouit sur la gueule. Poupée brisée abandonnée sur le bord de la route. Autoroute de l'enfer. Les liquides grouillent de vermines autant que les corps pressés les uns contre les autres. Étreintes sans passion, violence aveugle, tentative naïve et maladroite d'avoir un peu de chaleur, fut-elle souillée.
S'ils arrivent à traverser cet Enfer, échappant aux griffes avides des plaisirs corrompus, ils peuvent revivre, conservant à jamais des séquelles de leur traversée. Lésions de l'âme et du corps.
Sinon ils restent là. Cadavres pourrissants ou morts en sursit. S'entassant un peu plus, dégradés dans leur chair, nourrissant la Ville vorace. L'Humanité est un chien enragé qui cherche un maître pour l'asservir et la brisée ou qu'il faudra abattre lorsque la Folie aura eu raison d'elle.
Nous nous fichons des autres. Seuls comptent notre Plaisir et notre Déchéance.
"L'humanité souffre et je souffre avec elle." Hell, Lolita Pille